Qu'est ce que le matriarcat ?

Le matriarcat est un terme souvent mal interprété, et plusieurs auteur.e.s, dont la philosophe allemande Heide Goetnner-Abendroth, se sont attaché.e.s à le resignifier. Le terme grec « arké » a plusieurs sens : il signifie « domination », mais aussi, dans son sens premier, « le début ». Le matriarcat désigne ainsi les « mères depuis le début ». Il n’est pas un décalque du patriarcat, où les femmes domineraient les hommes, mais renvoie au contraire à une société fondamentalement égalitaire, reposant sur des valeurs de partage et de coopération.

La signification de « mères depuis le début » témoigne d’un fait biologique, puisque en donnant naissance, les mères sont à l’origine de la vie, mais aussi d’une dimension culturelle puisque les femmes sont aussi les créatrices des commencements de la culture. Le pouvoir féminin constitue le centre de l’organisation sociale et structurelle de la société. Ici, il ne s’agit pas non plus de pouvoir oppresseur, ni de simple pouvoir socio-économique. Ce pouvoir renvoie à une réalité basique et fondamentale, celle de créer, de soutenir, préserver et de reproduire la vie.

Quelles sont les sociétés matriarcales ?

Dans son ouvrage fondateur intitulé Les sociétés matriarcales, Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde, la philosophe allemande Heide Goettner-Abendroth montre que les sociétés matriarcales ont non seulement précédé le système patriarcal, apparu seulement vers 4000-3000 ans avant notre ère, mais qu’elles lui ont survécu jusqu’à ce jour sur tous les continents, à l’exception de l’Europe. Des peuples autochtones résistent encore -difficilement- aux pressions patriarcales et perpétuent un ordre social matriarcal ; parmi eux, figurent entre autres les Bemba et Luapula en Afrique centrale, les Ashanti sur la côte ouest africaine, les Touaregs en Afrique du Nord, les Mosuo dans le sud-ouest de la Chine, les Wa dans le sud-est de la Chine, les Kashi du nord-est de l’Inde, les Nayar en Inde du Sud, les Aïnu au Japon, les Minangkabau en Indonésie, les Arawak en Amérique centrale, les Hopi en Amérique du nord.

L'organisation matriarcale

Au-delà de leur diversité, ces sociétés partagent une structure matriarcale commune fondée sur :

  • la matrilinéarité et la matrilocalité[1],

  • une économie de partage et de distribution, et non d’accumulation,

  • une organisation sociale horizontale et l’absence de hiérarchie,

  • des prises de décisions basées sur le consensus,

  • une culture sacrée reposant sur le culte de la divinité féminine, en tant qu’énergie primordiale de création



[1] La matrilinéarité correspond à un système de filliation (de mère en fille) qui relève du lignage maternel, tandis que la matrilocalité désigne l’installation du foyer des jeunes mariés chez les parents de l’épouse.

Références :

  • Goettner-Abendroth, Heide. Les sociétés matriarcales – Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde. Paris : Des femmes Antoinette Fouque, 2019.

  • Bachofen, Johann Jakob. Le droit maternel, recherche sur la gynécocratie de l'Antiquité dans sa nature religieuse et juridique. trad. E. Barilier, Paris, L'Âge d'Homme, 1996 (Stuttgart, 1861).

  • Sanday, Peggy Reeves : Women at the center. Life in a Modern Matriarchy. Ithaca, Cornell University Press, 2002.